Thème de l’année

Saison 2020-2021

« LA REALITE SEXUELLE DE L’INCONSCIENT » 
Sexe, sexualité, sexuation

Le discours rationnel sur la chose sexuelle marque l’entrée – scandaleuse – de l’invention freu- dienne dans la culture. Avec la psychanalyse le malaise subjectif, les inhibitions, les angoisses, les symptômes, deviennent affaires de sexe, et la référence de l’individu à son identité sexuée perd de son évidence. Cette façon de penser le sujet pas sans le sexe, et le sexe au-delà de la seule génitalité, a considérablement changé l’idée que nous nous faisions de nous-mêmes.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Avec les bouleversements de « la morale sexuelle civilisée », auxquels a grandement contribué la psychanalyse, tout – ou presque -, de ce qui a trait aux pra- tiques du sexe se trouve admis – dans nos sociétés du moins. Les traditionnelles bipartitions des choix sexuels et des appartenances sexuées sont remises en cause. La satisfaction sexuelle est socialement prescrite. Les notions même de sexualité et de différence sexuelle se voient contestées. On serait tenté de penser que, socialement accepté – apparemment du moins -, le sexe ne fait plus symptôme.

L’expérience de la psychanalyse ne va pas vraiment dans ce sens : pour les psychanalystes le sexe ne fait plus symptôme… de la même façon. Les embarras du sujet avec son désir – néces- sairement sexuel -, ceux liés à ses choix d’objet, et ceux liés à sa condition sexuée, n’ont pas disparu. Les questions quant à la manière de réaliser une identification sexuée, autrement dit l’incertitude quant à « l’être femme » ou « l’être homme », continuent d’insister dans les cures, même si elles prennent une forme nouvelle. Le malaise qui persiste, malgré les très grands changements survenus dans la culture à propos de la façon de faire avec le sexe et le sexuel, témoigne d’un réel qui insiste au-delà des normes sociales, répressives hier, « libérées » au- jourd’hui. La psychanalyse – sa pratique, et ses concepts -, s’emploie à appréhender ce réel. Freud le nomme « roc de la castration », et Lacan « absence de rapport sexuel ». Mais se référer à ces nominations (qui ne sont pas synonymes) ne suffit pas. Il revient à ceux dont la psycha- nalyse oriente la pratique, de saisir ce qu’impliquent ces énoncés et de repérer la forme, singu- lière, que prend le malaise sexuel contemporain.